Mutisme chez les enfants

Dans un environnement familier, il joue avec ses frères et sœurs et ses parents, rit et se met en colère. Cependant, si une personne se présente soudainement, son comportement change brusquement : tout à coup, l’enfant n’est plus capable de prononcer un mot, il se tait, détourne le regard, se “désengage” complètement. Le savez-vous grâce à votre progéniture ? Votre enfant peut être atteint de mutisme, un trouble de la communication dont les experts estiment que 6 000 à 10 000 personnes en Allemagne souffrent. Le mutisme est particulièrement fréquent dans l’enfance.

Fréquence du mutisme

Selon une étude, le nombre de cas de mutisme sélectif est de 7 enfants pour 1 000 et le phénomène est environ deux fois plus fréquent que l’autisme, avec lequel le mutisme est souvent confondu. Le terme est dérivé du latin “mutus” pour “muet” et décrit le silence persistant, induit par la peur, d’une personne, qui augmente avec le temps et qui finalement ne peut guère être contrôlé délibérément. Un défaut des organes de la parole ou de l’audition n’est pas en cause.

Mutisme chez les enfants

Ainsi, lorsque les enfants dans certaines situations ou envers certaines personnes deviennent complètement silencieux, ce n’est pas toujours dû à un acte de défi, à un mauvais comportement ou à une timidité momentanée, mais cela peut être le signe d’un syndrome de mutisme. Les parents perçoivent souvent à tort les enfants atteints de mutisme comme timides ou apathiques : dans l’environnement familier de la famille, des frères et sœurs et des amis proches, les enfants concernés parlent normalement et de manière détendue, mais dès que l’on soupçonne qu’une autre personne écoute ou qu’un tiers voit que la bouche est déplacée, le mutilé tombe dans le silence.

Les causes du mutisme

Une distinction est faite entre le “mutisme total”, les personnes affectées ne parlent pas du tout, et le “mutisme sélectif”, beaucoup plus fréquent (également mutisme électif), lorsque les personnes affectées ne gardent le silence que vis-à-vis de certaines personnes ou dans certaines situations. Le diagnostic n’est pas facile et souvent le mutisme n’est pas reconnu, mal compris ou ignoré comme un syndrome à traiter. Néanmoins, si le trouble de la communication est détecté à temps, les chances de guérison sont bonnes.

Le mutisme sélectif n’est pas une maladie au sens strict, mais l’un des symptômes possibles de l'”anxiété sociale”. Certaines des principales causes de mutisme sélectif sont :

  • La timidité ou inhibition innée (génétiquement déterminée) de l’enfant.
  • Les troubles du développement du langage ou les problèmes d’élocution de l’enfant (l’enfant se tait parce qu’il a honte de sa voix ou du langage).
  • Les troubles anxieux, en particulier la “phobie sociale” (vouloir se cacher, ne pas vouloir être le centre d’attention, peur des personnes ou des situations inconnues)

Comment différencier le mutisme sélectif de la timidité?

C’est une distinction très importante à faire. Un enfant qui est timide peut parfois prendre du temps pour s’adapter à certaines situations, mais il finira par parler. Ce n’est pas le cas avec un enfant atteint de mutisme sélectif pour qui l’absence de parole se prolongera dans plusieurs contextes, même s’il s’exprime normalement à la maison.

Quels sont les signes à repérer?

Le premier signe, c’est quand un enfant ne répond pas dans certaines situations, par exemple, une fête de famille ou d’amis, au parc, lors de rendez-vous médicaux, à la garderie ou bien à l’école. Un enfant atteint de mutisme sélectif peut aussi avoir un regard fuyant, répondre de façon non verbale, pointer du doigt, hocher la tête. Ces enfants-là n’aiment pas être le centre d’attraction et laissent peu paraître leurs émotions. De manière générale, ils affichent de plus grandes inquiétudes que les enfants de leur âge. Par exemple, ma fille, qui souffrait de mutisme sélectif étant plus jeune, restait près de moi quand elle était au parc à la place de se mêler aux autres enfants.

À quel âge peut-on détecter ce trouble?

Souvent, c’est à l’entrée à l’école qu’il est remarqué davantage. Par contre, dans un monde idéal, il serait important de le déceler plus tôt, ce qui permettrait de soutenir l’enfant plus rapidement. Plus les interventions sont entreprises tardivement, plus le mutisme se renforce et risque de s’ancrer. Selon un psychologue : quand on intervient entre 4 et 7 ans, 90 % des enfants guérissent.

Un diagnostic incertain

Le mutisme sélectif est une difficulté qui n’est pas encore très connue, et la diagnostiquer reste difficile. Les enfants mutiques peuvent ainsi être confondus avec des enfants porteurs d’autismes ou des enfants sujets à des problèmes d’apprentissage. L’éducateur a donc un rôle primordial car lui seul peut signaler une absence de parole dans une situation particulière. L’orthophoniste pourra ainsi faire la part des choses entre un enfant porteur d’un réel handicap de communication (autisme, dysphasie, etc.) et un enfant dont la communication est normale (pointe les objets, regarde son interlocuteur, comprend les consignes) mais qui se bloque hors d’un contexte rassurant.

Les causes réelles du mutisme sont encore méconnues mais les chercheurs mettent en cause plusieurs facteurs et non une cause unique. Il semblerait que l’on retrouve fréquemment une phobie scolaire ou sociale dans l’histoire familiale.

Comment réagir?

Tout d’abord, il est conseillé de travailler en collaboration avec le personnel de l’école ou de la garderie et d’en parler à un médecin afin d’éliminer les autres troubles possibles. Les gens de l’entourage devraient aussi être mis au courant pour éviter qu’ils répondent à la place de l’enfant ou qu’ils fassent des commentaires déplacés du genre : «t’es donc bien gêné!».

Pour désensibiliser le mutisme, la démarche préconisée consiste à une exposition graduelle de la parole dans le milieu où l’enfant ne s’exprime pas, en le plaçant dans des situations anxiogènes pour lui. Il est à noter que la relation développée avec l’enfant est primordiale. On peut aussi lui faire visualiser le défi qu’il aura à relever à l’école ou à la garderie pour qu’il se prépare mentalement avant de le réaliser.

Il existe par ailleurs plusieurs autres stratégies comme celle de montrer à l’enfant atteint du mutisme sélectif les émotions de base pour qu’il soit capable de les identifier puis de les nommer, entre autres lorsqu’il est anxieux. Les techniques de relaxation (méditation pleine conscience, yoga, respirations) peuvent aussi être utilisées. De plus, comme le parent est un modèle, il est pertinent qu’il fasse un travail sur soi pour être bienveillant et empathique dans ses interventions tout en offrant des limites claires et en évitant de le surprotéger.

L’état d’anxiété impacte négativement le psychisme de l’enfant et le handicap à l’école et lorsqu’il essaye de faire d’autres activités.